CHAPTER 1.
1700 ans se sont écoulés depuis les événements contés lors de la création du monde par les Vanors, Turania est au sommet se son expansion les villes prospèrent et le commerce bat son plein. Les différentes races du monde vivent en harmonie depuis la grande guerre qui opposa Karaks et Uyiros s’affrontèrent pendant de longues années sur les versants d’Ilaris, la grande montagne. De petites rivalités intestines se manifestaient à l’occasion de réunion des chefs des différentes races mais rien de sérieux, seuls les Knurks posaient encore un problème plus d’un millénaire après leurs créations. En effet, après quelques siècles difficiles, les créatures d’Haeres prolifèrent dans les terres et répandirent la violence pour s’accaparer de droit ce qui ne leurs revenaient pas, repoussés à maintes reprises dans les contreforts des montagnes nordiques. Les Knurks raréfièrent alors leurs sorties ne s’aventurant que par petits groupes pour saccager et piller les villages sans défense ou isolés.
Rynn est une bourgade aisée de la côte Ouest et bien à l’abri des attaques orchestrées par les monstres noirs du Seigneur déchu, ville moyenne au commerce florissant où la plupart des races se côtoient dans la paix. De nombreux champs de culture bordent les murs de la ville, la vie est moins aisée de l’autre côté des remparts et les paysans n’apprécient guère leurs voisins citadins qu’ils considèrent comme les bourgeois voleurs de leurs récoltes. C’est dans une de ces fermes que vit le jeune Jevo, un adolescent de 17 ans, abandonné à la naissance et élevé par une famille de paysans sans le sous mais avec un cœur d’or. Dermi, le patriarche était un homme bon et travailleur qui avait déjà eu deux enfants et une fille et qui adopta cet enfant alors âgé de seulement deux ans qu’il nomma Jevo, pensant alors qu’une paire de bras en plus ne serait pas superflu dans les durs travaux de la ferme.
Dermi : “Allez debout la marmotte, les cultures ne vont pas pousser toutes seules, l ’aurore est toute proche maintenant et si tu tardes tu ne mangeras pas avant cet après-midi.“
Jevo d’une voix ensomeillé : “J’arrive père !! Je serais prêt dans quelques minutes, je te rejoins au champ.“
Il ne fallut guère de temps pour que Jevo soit prêt, le soleil n’était pas encore levé qu’il rejoignit ses deux frères dans le champ de Betatus[1]. Zare et Barelei accueillirent leur frère avec des quolibets amicaux.
Zare, moqueur : “Alors le dormeur, on traine au chaud dans le lit pendant que ses frères sont déjà en plein labeur. “
Jevo, agressif : “Lâche-moi, j’en ai marre de me lever tous les matins avant le soleil pour avoir les pieds dans la terre et s’épuiser au travail. “
Barelei, posant sa pelle : “Tu devrais montrer plus de respect à ce travail, c’est ça qui te donnes un toit et de la nourriture alors ne l’oublie pas. “
Jevo ne releva pas les propos de son frère, il avait depuis longtemps pensé à un projet d’avenir qui n’allait pas tarder à se concrétiser. Les quelques menues monnaies qu’il arrivait à placer de côté lui servirait à payer son voyage en charrette jusqu’à la ville de Rynn avec ceux qui transportaient les récoltes et de temps à autre quelques individus capables de payer leurs transports. Cependant, un problème se posait encore et de taille, non majeur Jevo n’avait pas la responsabilité pour déserter la maison et les tâches familiales, et sa majorité n’intervenait que dans trois ans (à 20 ans), il ne supporterait pas de vivre encore trois années de labeur dans cette triste lande, isolée de tout ou les rares voyageurs s’afféraient à leurs propres affaires ne prenant guère d’attention pour les agriculteurs de la région. La journée de travail fut entrecoupée par un repas frugal entre tous les membres de la famille, ce fut le moment que Jevo choisit pour lancer le sujet de son départ anticipé.
Jevo repoussant son assiette : “Père, je pense que le moment de vous annoncer une nouvelle importante est venu. Père, mère, mes frères, ma sœur, je désire quitter la ferme prochainement. “
Dermi : “Pardon !!!!!! Qu’est ce que tu racontes ! Tu veux t’en aller, nous quitter, nous qui t’avons élevé, t’avons nourri, t’avons recueilli quand nous t’avons trouvé seul, abandonné dans ce champ sous la pluie. “
Jevo : “Mais père, ma vie n’est pas dans les champs, je le sais ! Je ne peux imaginer vivre ici toute ma vie, à travailler sans relâche. “
La main de Dermi claqua sur la joue de Jevo qui ne broncha pas sous le coup, rouge de colère, le patriarche renversa sa chaise, gesticulant dans tous les sens, personne ne bougeait dans la petite cuisine au sol de terre battue.
Dermi hurla alors : “Tu veux partir ! Renier les tiens ! Et bien fait, mais quand tu seras seul, que ton rêve de vie meilleure aura échoué, ne reviens pas ici ! Tu es renié, tu n’es plus mon fils. Pars sur le champ, et si la bonne fortune te souris, n’oublie pas d’où tu viens. N’embrasse pas tes frères, ni ta sœur, n’approche pas ta mère, tu ne mérites pas de les toucher ! Va maintenant ! “
Jevo se leva, il ne s’attendait guère à la bénédiction de son père par rapport à son annonce de départ, le jeune homme pénétra dans la pièce qui lui servait de chambre, sombre et dénuée de mobilier mis à part un lit et une commode rustique. Il empoigna ses maigres bagages, quelques vêtements, quelques vivres, et les maigres deniers qu’il avait réussi à économiser depuis ces derniers mois. Il fourra toutes ces affaires dans son sac, l’enfila sur l’épaule et se prépara à son aventure, pivotant sur lui-même, Jevo tomba alors sur son frère, qui le regardait d’un œil sinistre sur le pas de la porte.
Barelei la voix tremblante de colère : “Alors tu pars vraiment !! Tu nous abandonnes pour mener la grande vie à la ville. Tu ne mesures pas encore les conséquences de tes actes mon “frère“, si tu pars tu ne reviendras pas. “
Jevo, la voix posée : “Je ne suis pas taillé pour la vie campagnarde…“
Barelei, coupant la parole à son frère : “Je ne te laisserais pas t’en aller et jeter le malheur sur notre famille. “
Il dégaina alors une petite dague rouillée sans doute découverte dans un des champs de culture alentour, Jevo ne réfléchit pas longtemps et une fraction de seconde plus tard, une épée lustrée sortit du fourreau comme un éclair blanc. Les lames se croisèrent dans un bruit strident, et les échanges furent vifs pendant quelques secondes, les deux épées s’enfoncèrent dans la commode, la brisant en plusieurs morceaux. Le reste de la famille débarqua dans le corridor exigu, Jevo et Barelei roulaient tous deux au sol, empoignés dans un duel brouillon, Jevo plaça deux coups dans l’œil de son frère qui lui rendit la pareil en envoyant un coup de tête dans le nez de Jevo. Zare, l’ainé de la famille s’interposa entre ses deux frères, encaissant au passage un coup de coude dans l’arcade sourcilière.
Zare tenant chacun des deux frères d’une main : “Arrêtez-vous !! Ou est ce que vous vous croyez ???“
Tenant Jevo par le cou, et Barelei par l’épaule, il ne put continuer ses réprimandes, une immense onde de choc ravagea la maison, dévastant la chambre et le couloir dans un bruit de tonnerre. Tous furent éjectés sur plusieurs mètres, tous sauf Jevo qui se tenait debout la tête basse, les yeux révulsés, la main tendue brillant d’un éclat bleuté.
Dermi, se relevant avec peine : “Qu’est….Qu’est ce que c’était que ça….Ma maison…. Qu’as-tu fait de ma maison… Monstre !!! Tu es un monstre !!!!
Jevo, revenant à lui : “Je… Je ne sais pas père, je ne comprends pas !!!!
Barelei se releva tant bien que mal, quelques égratignures sur le visage, sa mère et sa sœur titubèrent difficilement jusqu’à la cuisine. Zare lui ne broncha pas, allongé sur le ventre il ne se bougea pas, il ne bougerait plus jamais, l’onde ayant traversé totalement son corps de part en part. Jevo s’accroupit, attrapant le poignet de son frère, tâtant son pouls, ne sentant plus le cœur qui avait animé son torse musclé. Alors, Jevo se redressa, le corps ankylosé, il attrapa son sac et sortit par le trou que le choc avait creusé dans le mur sud. Il parcourut plusieurs centaines de mètres, coupant par les champs sous un soleil de plomb de milieu d’après-midi, il entendit le cri de désespoir de son père quand celui-ci suffisamment remis. Il venait de tuer un membre de sa famille, de s’enfuir sans un mot, sans une excuse envers les gens qui l’avaient élevé et nourri. Seulement dix minutes après son départ catastrophique, il s’arrêta, s’effondra dans l’herbe haute, se roula en boule et laissa couler ses larmes.
Jevo, sanglotant : “Imbécile !!! Pourquoi m’as-tu provoqué ? Sans toi je serais parti sans causer la mort et la destruction…“
Il ne bougea pas pendant de longues minutes, des heures peut-être, il avait totalement perdu le sens du temps, il vit le soleil passer et décliner dans le ciel sans nuage, son nez le faisait souffrir le martyr, mais pire, il ne comprenait pas l’événement dont il avait été victime à l’intérieur de la maison. Il ne se souvenait que d’une rage folle et d’une montée d’adrénaline, puis ça avait été la libération d’une immense puissance, un acte qui lui avait couté une débauche d’énergie importante, le laissant totalement épuisé et il finit par s’endormir sous le couvert des feuilles à la nuit tombante.
Il se leva avec l’éclat matinal du soleil le lendemain, son corps était contusionné au niveau des membres supérieurs, son nez était toujours souffrant et le sang avait séché sur ses joues ainsi que sur sa chemise. Jevo leva son bras droit, celui dont l’onde était partie, mais il ne sentait rien à l’intérieur, sa main semblait vide, sans vie et il la laissa retomber le long de sa taille. Le jeune homme se mit en marche, coupant à travers plusieurs cultures afin de ne pas manquer les rares départs vers Rynn. Sa marche dura tout le matin et peu avant midi il finit par arriver au carrefour où les paysans cheminaient en charrette jusqu’à la ville, Jevo s’assit sur un caillou blanc et sortit sa gourde de sa besace, il en avala quelques gorgées puis mangea une pomme de la réserve de vivre qu’il avait constitué avant son départ.
Heureusement pour lui, il n’eut pas à attendre longtemps sous le cuisant soleil de 14h00, un vieil homme passa par la sur un chariot rempli de légumes et tiré par chevaux de piteuses mines.
Jevo, hélant le vieux paysan : “Hola sire, vous dirigez-vous vers Rynn ? “
Le paysan, s’arrêtant et scrutant le jeune homme : “Oui, oui, mon p’tit j’vais à Rynn pour emmener quelques provisions, vous voulez que j’vous dépose j’imagine. “
Jevo, balançant son sac dans la cargaison : “Avec plaisir, le voyage sera plus agréable en voiture qu’à pied, surtout par ce temps la. “
Le paysan, la mine assombrie : “Ouais, j’vous l’fais pas dire, surtout que j’suis passé pas loin de la ferme du vieux Dermi, y avait de la fumée épaisse qui s’dégageait dans le ciel, j’sais pas s’qui est arrivé, mais les campagnes d’viennent d’moins en moins sûres ces temps-ci. “
Jevo ne releva pas la remarque du paysan, mais il s’étonnait que de la fumée ait persisté jusqu’au matin, il ne lui semblait pas que la maison brûlait vraiment à son départ en catastrophe mais après tout, c’était un élément magique qui avait provoqué la mise à sac de la ferme et il y avait des choses qu’ils ne valaient mieux pas essayer de comprendre. L’ensemble du voyage se déroula paisiblement, les deux compères échangèrent de multiples paroles pendant toute l’après-midi, et malgré des chevaux en piteux état, ceux-ci avançaient à bonne allure et Rynn fut en vue en début de soirée.
Le paysan, stoppant le chariot : “C’est l’heure de casser une graine, on sera à la ville en début de soirée, j’te paye de la nourriture, on va taper dans la réserve, les bourgeois ne vérifient même pas. “
Ils firent un feu, se servant dans la cargaison des légumes, et mangeant le peu de viande dont ils disposaient tous deux, en effet, la viande était un met rare dans les campagnes bordant les villes. Pendant la dégustation, aucun des deux ne parla, trop concentré sur leurs propres affaires, des affaires qui divergeaient totalement entre les deux. D’un coté, Le vieil homme ne pensait qu’à l’argent qui allait découler de sa vente de vivres, mais il languissait déjà son retour chez lui, il n’avait jamais supporté la ville et ses rares séjours étaient brefs. D’un autre coté, Jevo pensait à la nouvelle vie qui s’offrait à lui, il ne connaissait rien de Rynn, n’avait pas beaucoup d’or, et n’avait aucun contact en ville, sa première action serait de trouver un logement et un travail afin de s’installer durablement dans les murs.
Jevo se levant : “Je pense que le moment serait venu de filer, la nuit n’est pas loin et je préférais être sous les lumières des remparts quand la lune atteindra son apogée. “
Les deux hommes se remirent en route, et le voyage se déroula paisiblement pendant les trois dernières heures. Enfin, ils arrivèrent devant la grande porte de Rynn peu avant leurs fermetures pour la nuit, des gardes à la mine patibulaire contrôlaient les personnes entrant dans la cité. Le chariot parvint à la hauteur de l’un des soldats qui le stoppa net, s’approchant de la cargaison, il fit le tour et s’arrêta au niveau de Jevo.
Garde : “Encore des paysans, il ne passe que des bouseux de ce côté-ci, vivement qu’on soit affecté à la porte Nord, on va finir par puer à trainer avec eux. “
Jevo ne releva pas l’injure du soldat, il ne s’attendait pas vraiment à de la sympathie de la part des citadins, encore moins du personnel de surveillance qui était réputé comme violent envers les populations les moins favorisées. Jevo leva le regard sur le garde, un léger sourire aux lèvres, il n’aimait pas le manque de respect mais il ne pouvait pas commencer sa vie citadine par une rixe avec un soldat sans doute expérimenté et mieux armé que lui.
Garde : “Mais dis donc, on a un téméraire…. Je te fais rire vermine ? “
Jevo : “Non, sire absolument pas. Je ne voulais en aucun cas offenser un des protecteurs de la belle cité de Rynn“
Le soldat n’apprécia guère le ton du paysan, il l’empoigna et le fit chuter du chariot, le releva en le tenant par le col de sa chemise et le frappa au visage, le nez déjà touché la veille reprit un coup et un flot de sang chaud jaillit sur le sol pavé. Jevo oublia les précautions qu’il s’était donné et son poing s’écrasa sur le visage de son assaillant, il envoya un coup de pied dans l’abdomen, il sortit un couteau de bonne taille de sa botte et l’enfonça promptement dans la gorge de son adversaire qui dans un dernier cri hurla de douleur et mourut. La suite n’est pas difficile à deviner, de nombreux gardes débarquèrent des coins de la rue faisant face à la grande porte, mais comme mué par un souffle de folie, la foule rentra en contact avec la garde. Ce fut une bataille brève mais intense, les soldats submergés par les paysans furent rapidement mis au sol et passé à tabac.
Jevo ne s’éternisa pas, et dans le marasme ambiant il se faufila à l’intérieur de la ville, évitant la rue principale, rabattant sa capuche sur son visage et s’enfonçant dans les profondeurs de la cité. Il ne fit que quelques pas quand un bras le saisit à la volée, Jevo se retourna son couteau à la main pour frapper.
Inconnu : “Ola, ola calme toi ! J’te veux pas de mal, j’ai vu ce que t’as fait à ce garde et j’peux qu’approuver. “
Jevo dégageant son bras : “Lâche moi, j’ai déjà assez de problèmes, j’ai pas besoin qu’on me traine dans les pattes…. “
Inconnu, un sourire aux lèvres : “Oh… Monsieur est de caractère violent, qu’est ce que tu vas me faire ? Me tuer ? Tu ne connais pas cette cité ça se voit, et sans un bon guide comme moi tu ne feras pas long feu ici. Je m’appelle Systar, j’vis dans les bas-fonds de la ville et j’suis ta meilleure assurance vie. “
Jevo : “Jevo, je me nomme Jevo, j’viens d’une des campagnes alentour et je ne pensais pas vraiment débuter ma vie citadine par un meurtre…“
Systar : “Ouais, j’pense bien, surtout pas par un meurtre sur la garde royale, tu peux être sur que pendant plusieurs jours ça va être un véritable enfer dans les rues, ils vont faire des descentes toutes les heures et il risque d’y avoir pas mal de coups échangé entre les deux camps avant la fin de la semaine prochaine. “
Jevo le regard interrogateur : Entre les deux camps ??? Je saisis pas vraiment.
Systar, la mine assombrit cette fois-ci : “La garde royale ne pourra pas faire régner sa loi dans les quartiers pauvres… Mais elle va essayer, ça c’est sûr, et l’ensemble des malfrats vont rentrer violemment dans les soldats, t’as de la chance tu seras aux premières loges… euh… Jevo c’est ça ?
Jevo ne répondit pas, et les deux jeunes hommes s’enfoncèrent dans une ruelle sombre s’éloignant minute par minute du tumulte de l’avenue centrale. Ils avancèrent tranquillement dans les bas-fonds et plus le temps passait, plus Jevo avait l’impression de descendre en enfer, les trottoirs étaient bondés d’immondices, les ordures s’entassaient sur les routes, les échoppes ressemblaient à de tristes mansardes ne tenant debout que par une force divine. Les individus marchaient tels des zombies sur les pavés remplis de saletés, des taches de sang pavaient le sol à de nombreux endroits, tous étaient hagards, repoussant de saletés et vaquaient à leurs diverses occupations sans prendre guère le temps d’observer les autres personnes de la rue.
Jevo promenant son regard sur les visages et le décor apocalyptique : “C’est l’enfer ici ! J’ai quitté la campagne pour la ville, mais ce n’est pas pour cette vie que j’ai renié ma famille. “
Systar, amusé dit : “Bienvenue en Enfer jeune campagnard, tu vas comprendre ce que l’expression mirage de la ville signifie“.
Ils ne purent pourtant guère échangés plus que ces quelques paroles, un trompette venant des toits délabrés résonna comme un alarme dans l’artère principale de l’enfer comme l’avait nommé Jevo, un nom qui restera encré dans beaucoup d’esprits après cette soirée. En quelques secondes, un cataclysme ravagea la rue, des lames sortirent de longs manteaux.
Jevo, alarmé : “Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que c’est ?
Systar, dégainant une épée : “C’est ce que je te disais ! Voila la garde ! Ils ont été plus rapides que prévu ces fumiers, sors ton arme, va falloir que tu tues à nouveau le campagnard. “
Jevo, levant les yeux au ciel : “Misère ! Je ne m’étais jamais battu il y a de ça trois jours et aujourd’hui je vais commettre mon troisième meurtre…“
Des clameurs montèrent du bout de la rue, une troupe de soldats de la garde royale débarqua dans l’entrée de la rue. Jevo sortit son épée, c’était la première fois qu’il se préparait à tuer quelqu’un, jusqu’à maintenant il avait causé la mort sous le coup d’impulsions, jamais avec de la préparation et du sang-froid. De nouveaux cris se firent entendre et ce fut l’assaut, les corps se percutèrent et les deux armées s’écrasèrent l’une contre l’autre. Jevo ne voyait rien dans le tumulte, il donnait des coups au hasard dans les tuniques blanches qui passaient sous ses yeux, du sang jaillissait et s’écoulait par litre sur les pavés de pierre, tout autour du nouvel arrivant, les corps tombaient, se contorsionnaient sur le sol dans des cris de douleurs atroces. Jevo trébucha sur un corps et s’effondra sur les cadavres encore chaud, il se releva avec peine et para un coup de lance venu de sa droite, enfonçant son épée dans la gorge de son adversaire, lui tranchant net la carotide. Tout s’enchainait rapidement, les coups volaient de toutes parts mais rapidement de nouvelles troupes royales s’engageaient dans la rixe et dispersaient les combattants de la ville, les acculant dans les coins et les massacrant sans pitié. Jevo était entaillé de parts et d’autres du visage, et sur les avants bras, noyé dans la masse il avait perdu de vue Systar depuis le début des affrontements. Les soldats poussèrent les survivants dans le fond de la rue, Jevo sentit monter en lui une nouvelle vague de colère similaire à celle ressentie dans la ferme, son bras droit lui provoquait des fourmillements intenables et soudainement, comme à la ferme de son père adoptif, une onde de choc parcourut la ruelle, touchant les soldats, les tuant sous le coup.
Ce fut un immense carnage à ciel ouvert, le passage de l’onde avait totalement détruit les habitations et les commerces, les cadavres s’empilaient sur les pavés tel un immense charnier. Les gardes qui avaient pu survivre à l’onde s’étaient retirés sans comprendre ce qui venait de se passer, les habitants des bas-fonds avaient investi l’artère principale, dépouillant les cadavres de tout objet de valeur. Jevo était hagard, il bousculait sans ménagement ceux qui se dressaient sur son passage, cherchant du regard Systar qu'il avait égaré dès le début de la bataille. Personne n'avait vu d’où l'onde était venu, ce qui fut un soulagement pour le jeune homme, il ne se voyait guère expliqué le pourquoi de ce pouvoir.
Jevo erra durant quelques minutes dans le désastre ambiant, trébuchant sans cesse sur un membre détaché du reste, il finit cependant par mettre la main sur son guide, couvert de sang et de nombreuses estafilades courant sur ses avants bras, malgré cela, le jeune citadin souriait.
Systar, un sourire large sur les lèvres : "Une belle baston hein ?? T'as une de ces veines le campagnard, ça faisait un moment qu'on avait pas eu le droit à une descente de nos amis de la garde."
Jevo, ironique : "Quel veine… Je me serais bien passé de ça pour mon premier jour en ville…"
Systar, tout sourire : "Bah…ça sera plus tranquille maintenant, puis on eu droit à un joli feu d'artifice, j'sais pas qui a fait ça mais ça a surpris ceux d'en face et ils sont partis sans demander leurs restes."
Jevo ne répondit rien, son bras droit était flasque, il ne sentait plus les os qui était logiquement présent à l'intérieur, il laissa son bras se balancer mollement, contemplant les dégâts qu'il avait réussi à causer en moins de quelques heures dans la cité côtière.